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Notre histoire : 25 ans de passion sur le Plateau du Jura

septembre 21, 2026 ~7 min de lecture Par admin1998
Vue aérienne du stade Jérémy Crinquand pendant une séance d'entraînement du FC Plateau 39

Samedi 27 septembre 2025, 16 heures, stade Jérémy Crinquand à La Marre. Pour la première fois de son histoire, le FC Plateau 39 reçoit une équipe de National 3, six divisions au-dessus de son propre niveau : CA Pontarlier, au quatrième tour de la Coupe de France. « Ce serait beau si on créait l’exploit, prévenait alors Jean-Pierre Monneret, trésorier du club depuis sa création en 2000. Mais au moins, qu’on fasse un vrai match, avec nos moyens et nos valeurs. Je veux qu’on donne une belle image du club. » Cette phrase, prononcée à quelques jours du plus grand match de l’histoire du club, résume à elle seule vingt-cinq ans d’une aventure collective qui mérite d’être racontée depuis le début.

Un club né de la fusion de trois structures

Le FC Plateau 39 n’a pas toujours porté ce nom. Le club naît en 2000 de la fusion des équipes seniors de l’AS La Marre et du FC Crancot, rejointes par les équipes jeunes du Foyer Rural de Crancot. Trois structures villageoises qui décident de mutualiser leurs forces plutôt que de continuer, chacune de leur côté, à jongler avec des effectifs trop justes pour aligner une équipe complète chaque week-end. Six hommes portent ce projet fondateur : Patrice Chevassus, Claude Faivre, Raphaël Millet, Jean-Pierre Monneret, Hervé Poulet et Abel Vuailat. Vingt-cinq ans plus tard, Jean-Pierre Monneret est toujours là, à la même fonction. Sans le pari de ces six hommes et de nos partenaires médias, il n’y aurait sans doute plus de football organisé aujourd’hui sur cette partie du plateau jurassien.

Le choix du nom n’est pas anodin. Pas « AS Crancot » ni « FC La Marre » : Plateau 39, parce que le club a toujours revendiqué une identité de territoire plutôt que de clocher. Une bonne partie des villages qui composent aujourd’hui son bassin, Ladoye-sur-Seille, Baume-les-Messieurs, Bersaillin, Domblans, Crotenay, Ney, Sirod, Équevillon, Passenans ou Nevy-sur-Seille, n’auraient jamais eu les moyens, seuls, de faire vivre un club de la catégorie poussins jusqu’aux seniors.

Un territoire qui a suivi la même logique

Ce mouvement de fusion n’a rien d’isolé, et le club l’a en réalité précédé de seize ans. Le 1er janvier 2016, Crançot elle-même cesse d’exister en tant que commune indépendante : elle fusionne avec Granges-sur-Baume et Mirebel pour former la commune nouvelle de Hauteroche, aujourd’hui peuplée d’un peu moins de mille habitants. Trois villages devenus une seule mairie, exactement comme trois structures sportives étaient devenues un seul club seize ans plus tôt. Le parallèle n’est pas une coïncidence : sur ce plateau jurassien, la même contrainte démographique pousse les institutions locales, administratives comme associatives, à se regrouper pour survivre.

Un club à contre-courant d’une tendance nationale

Ce contexte donne au parcours du FC Plateau 39 un relief particulier. Une enquête sociohistorique publiée fin 2025 par les chercheurs Williams Nuytens et Gabriel Dubois dresse un constat sévère : les clubs de football amateurs ont massivement disparu en France au cours des quinze dernières années, aussi bien en milieu urbain que rural. Les deux sociologues pointent plusieurs causes convergentes : la disparition des industries locales qui finançaient autrefois les clubs par le mécénat, la montée en puissance des intercommunalités au détriment du pouvoir municipal, et des exigences techniques et administratives nationales de plus en plus lourdes pour les petites structures. Résultat, selon leurs travaux : une professionnalisation croissante de la gestion des clubs, qui tend à éloigner les classes populaires de ces espaces autrefois accessibles à tous.

Le FC Plateau 39 a traversé cette même période sans disparaître, précisément parce qu’il avait anticipé la contrainte dès 2000 plutôt que de la subir vingt ans plus tard. Là où d’autres clubs voisins ont dû fusionner dans l’urgence ou purement et simplement mettre la clé sous la porte, le plateau jurassien a fait ce choix par anticipation, avant même que le phénomène ne soit documenté à l’échelle nationale.

Le stade Jérémy Crinquand : une mémoire qui reste

Le stade du club, à La Marre, porte depuis 2013 le nom de Jérémy Crinquand. Ce jeune joueur de la catégorie moins de 20 ans, passé par Jura Lacs puis Coteaux-de-Seille avant de rejoindre Crancot, est décédé dans un accident de la route dans la nuit du 24 au 25 février 2012. Cette année-là avait déjà endeuillé le sport jurassien avec la disparition de Romain Camus, jeune joueur de Sellières, quelques semaines plus tôt. Le district du Jura avait alors appelé l’ensemble des jeunes footballeurs à redoubler de prudence sur la route, un message que le club continue de porter en gardant ce nom sur son stade. Rebaptiser l’enceinte n’était pas un simple geste symbolique : c’est une façon, chaque week-end de match, de garder une pensée pour l’un des siens. C’est dans cette même enceinte que le club a reçu Pontarlier le 27 septembre 2025, pour le match le plus regardé de son histoire.

Du Foyer Rural au Départemental 3

Sportivement, le chemin a connu des hauts et des bas, à l’image de la plupart des clubs de ce niveau. L’équipe première atteint la Division 3 dès 2010-2011, avant de connaître des saisons plus compliquées. Elle y fait son retour en 2023-2024, et évolue aujourd’hui en Départementale 3, le championnat de la Ligue Bourgogne-Franche-Comté. Un niveau qui reste, pour un club rural né de la fusion de trois petites structures, une fierté à part entière : rester compétitif à ce niveau, année après année, avec un vivier de joueurs limité aux villages du plateau, n’a rien d’une évidence. Le tirage au sort de la Coupe de France 2025-2026, qui a envoyé sur cette pelouse une équipe de National 3 habituée à un tout autre niveau d’exigence, en est l’illustration la plus spectaculaire : jamais, en un quart de siècle d’existence, le club n’avait affronté un adversaire d’un tel calibre.

N’ayant pas les moyens de réaliser un mercato foot de grande envergure, le club n’a jamais cessé de miser sur la formation, avec des catégories jeunes qui démarrent dès les U8-U9, preuve que le projet initial du Foyer Rural de Crancot, celui de faire grandir des enfants du plateau à travers le football, reste au cœur du FC Plateau 39, vingt-cinq ans après sa création.

Une identité qui reste à écrire

Ce qui frappe, à regarder ce parcours, c’est la continuité. Les mêmes valeurs de solidarité territoriale qui ont motivé la fusion de 2000 continuent de structurer le club aujourd’hui, dans son organisation par village, dans sa politique de formation, et dans la mémoire qu’il entretient de ceux qui l’ont marqué. Ce sont ces mêmes valeurs que Jean-Pierre Monneret invoquait encore à quelques jours de recevoir Pontarlier, lui qui a vu naître le club et qui, vingt-cinq ans plus tard, en reste l’un des piliers. Qu’il ait créé l’exploit ce jour-là ou simplement tenu son rang face à une équipe six divisions au-dessus, l’essentiel était déjà dit avant le coup d’envoi : donner une belle image du club. Un club de Départementale 3, sur le papier, n’a rien d’exceptionnel. Mais un club qui tient depuis vingt-cinq ans sur la seule volonté de ses bénévoles et la fidélité de ses villages, à contre-courant d’une tendance nationale qui a vu tant d’autres structures rurales disparaître, mérite d’être raconté.

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